Heated Rivalry : talent d’ici, Véronique Barbe, monteuse

Publié le 23 janvier 2026

Derrière la série de Crave Heated Rivalry (Rivalité passionnée), qui rayonne ici comme à l’international, se cache un savoir-faire québécois.

Nous nous sommes entretenus avec l'un-e des monteur-euse-s de la production, Véronique Barbe, reconnue pour ses nominations aux Emmy Awards, aux Canadian Cinema Editors Awards (CCE) et aux Canadian Screen Awards (CSA). Dans cette entrevue, elle nous plonge dans les coulisses du montage, là où toutes les scènes tournées prennent forme, s’assemblent et trouvent enfin leur sens !

 

Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir monteuse ?

Enfant, je ne savais même pas que le métier de monteur existait. Mais les arts, la musique et les vidéoclips des années 80-90 m’avaient fait découvrir la force des histoires, de l’image et du son pour susciter des émotions.

J’ai ensuite étudié en Arts et lettres, puis en cinéma à l'UQAM, mais une fois sur les plateaux, je me sentais loin de l’histoire qu’on cherchait à raconter.

Quand j’ai découvert le montage, je me suis sentie près de l'histoire. Le jeu, la mise en scène, le son, le rythme, l’émotion : tout se rejoignait enfin. J’ai vite compris que c’était ma place.

Quand tu as accepté de travailler sur Heated Rivalry, étais-tu familière avec le matériel source ?

Je ne connaissais Bas du formulairepas les livres dont la série est inspirée. Je savais que les romans avaient déjà ses fans, mais je ne m’attendais pas du tout à une communauté de cette ampleur.

C’est à la première, lors du festival Image+Nation à Montréal, que j’ai vraiment compris. Il y avait des spectatrices déguisées en joueurs de hockey, des gens venus d’Europe, des cris avant et pendant la projection… C’est à ce moment que j’ai réalisé à quel point ces personnages comptaient pour le public !

 

Y a-t-il une scène qui a été particulièrement complexe à monter ?

La fin de l’épisode 5 a été l’une des séquences les plus délicates à monter. Pendant un match de hockey important, les deux histoires, celles d’Ilya et Shane, puis de Scott et Kip, qui évoluaient en parallèle finissent par se rejoindre. Il fallait construire une montée de tension très précise, tout en respectant une musique pensée dès l’écriture. C’est difficile d’en dire trop sans gâcher la surprise à ceux qui ne l’ont pas encore vue.

Le défi était de jouer avec le temps : donner des indices au public sans jamais tout révéler, et étirer certains moments pour que l’attente devienne presque insoutenable.

Certaines scènes d’intimité de la série ont beaucoup fait réagir. 
Comment le montage intervient-il dans ces scènes pour transmettre l’émotion et le désir, tout en respectant les interprètes ?

Je tiens d’abord à préciser que tout est très encadré et très réglementé sur le plateau.

Pour moi, le désir à l’écran ne provient pas simplement de la nudité, mais de la tension, celle qui se construit dans les regards, les hésitations, les silences, dans ce qu'on décide de suggérer sans montrer.  Au montage, on joue avec toutes ces nuances. La chimie entre les comédiens y contribue évidemment pour beaucoup, de concert avec la mise en scène et la facture visuelle.  

Le son fait aussi toute la différence. Parfois, laisser vivre une scène sans la musique permet de laisser place à la véracité, la subtilité, la maladresse, la nouveauté d’un moment. D’autres fois, comme dans l’épisode 3, la musique accompagne au contraire une explosion de joie et de désir entre Scott et Kip. Tout dépend de l’intention émotionnelle de la scène.

Jacob Tierney, réalisateur de Heated Rivalry, avec Véronique Barbe et Arthur Tarnowski, les deux monteur-euse-s de la série.

As-tu regardé la série AVANT sa diffusion, avec le regard d’une spectatrice plutôt que celui d’une monteuse ? 

Oui, et c’était essentiel. Arthur Tarnowski, l’autre monteur de la série, et moi avons regardé les épisodes comme de vrais spectateurs. En quelque sorte, les monteurs (et les assistants-monteurs) sont le premier public d’une œuvre. Notre travail repose beaucoup sur le recul. Comme nous ne sommes pas présents sur le plateau de tournage, on peut découvrir l’histoire avec un regard neuf. 

Maintenant que la saison 2 est confirmée, quelles sont tes attentes en tant que monteuse ?

Je ne veux pas entrer dans la saison 2 avec des attentes. En création, ça met une pression inutile. Je préfère parler d’intentions. Mon intention, c’est de continuer à me mettre au service de l’histoire et de la vision du réalisateur Jacob Tierney, dans le même esprit de respect, d’échange et de passion qui a porté la première saison.

Je lirai aussi les romans. Après avoir découvert l’intensité du « fanbase », j’ai compris à quel point chaque réplique et chaque détail comptent pour les fans. Cette densité émotionnelle et cette attention aux personnages viendront nourrir directement mon travail de montage. J’ai donc très hâte de replonger dans ce projet !

Le réalisateur, Jean-Marc Vallée, et toute l'équipe de montage de la série Sharp Objects (Sur ma peau).

Quel conseil donnerais-tu à celles et ceux qui rêvent de se lancer en montage ?

Je dirais d’abord beaucoup de persévérance. Commencer comme assistant-monteur est une excellente avenue. On y apprend le métier de l’intérieur, en observant comment les monteurs pensent une scène et construisent une émotion et comment ils collaborent avec les réalisateurs et la production.

Le montage est aussi un métier de transmission et de rencontres. On ne sait jamais qui peut ouvrir une porte. Dans mon cas, c’est une assistante qui a proposé mon nom pour mon premier projet avec Jean-Marc Vallée.

Et surtout, le montage est un métier d’empathie. Comprendre la psychologie des personnages et nourrir sa sensibilité, c’est ce qui permet de transmettre les émotions à l’écran.

 

Entrevue par Kasey Desroches, conseillère aux communications