Face à la dure réalité
Publié le 29 août 2025

Chers membres,
Je m’adresse à vous aujourd’hui dans un contexte particulièrement difficile pour notre industrie. L’année 2025 s’annonce comme l’une des plus difficiles que nous ayons connues. Les tournages se font rares, les offres d’emploi diminuent, et l’avenir semble plus incertain que jamais, notamment avec l’émergence de l’intelligence artificielle, les bouleversements géopolitiques et les impacts encore à venir de décisions politiques majeures.
Aujourd’hui, ce que nous voyons, c’est une baisse marquée de la production : environ 22 % de moins dans l’ensemble des productions américaines, et 27 % de moins dans le secteur québécois.
J’aimerais pouvoir vous dire que je comprends parfaitement ce qui se passe, mais la réalité est bien plus complexe.
Ce que je sais avec certitude, c’est que nous vous entendons, que nous sommes pleinement conscients de la précarité dans laquelle plusieurs d’entre vous se retrouvent et que nous partageons vos inquiétudes. Nombreux-ses sont celles et ceux qui ont dû se tourner vers d’autres emplois, parfois loin de leur passion. Et certain-e-s, malheureusement, ne reviendront peut-être pas.
La perte de nos talents est l’une de mes plus grandes craintes. Car c’est vous, vos compétences, votre passion et votre savoir-faire qui constituent la richesse de notre industrie au Québec.
Parmi les causes de cette crise, plusieurs facteurs s'entrecroisent :
- Les revenus publicitaires des diffuseurs sont en baisse.
- Le nombre d’abonné-e-s aux câblodistributeurs continue de chuter.
- Le modèle économique traditionnel est fragilisé par les changements dans les habitudes de consommation : les spectateur-trice-s se tournent de plus en plus vers les plateformes de diffusion en continu, délaissant les chaînes conventionnelles.
De plus, le système de financement de notre industrie est dépassé. Il date de 1996. Le Fonds des médias du Canada (FMC), qui est un levier important pour la création de contenu canadien, est toujours majoritairement soutenu par les abonnements au câble; un modèle qui s’effrite rapidement. À titre d’exemple, les sommes investies par le FMC sont passées de 374 millions de dollars en 2015 à 346 millions en 2025, et ce, sans tenir compte de l’inflation. C’est une baisse réelle du soutien à la création, à un moment où nous avons besoin de plus de ressources.
Ces transformations touchent l’ensemble de la chaîne : les technicien-ne-s, les producteurs, les réalisateur-trice-s et les scénaristes, dont plusieurs ont déjà pris la parole publiquement pour alerter sur la gravité de la situation.
Nous attendons avec anticipation les recommandations du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel québécois (GTAAQ), mandaté par le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, auprès duquel nous avons déposé un mémoire. Le rapport devrait être rendu public à l’automne.
Nous déplorons également le recul du gouvernement fédéral concernant l’instauration d’une taxe sur les services numériques, ainsi que le manque d’engagement budgétaire, tant à Ottawa qu’à Québec. Cela ne fait qu’accroître nos inquiétudes.
Mais malgré tout, nous ne baissons pas les bras. Votre syndicat est actif, mobilisé et continue de défendre vos droits à toutes les tables de discussion. Nous travaillons avec nos partenaires de l’industrie pour trouver des solutions durables et garantir que notre voix – votre voix – soit entendue dans les décisions à venir.
Nous comprenons aussi que l’augmentation de 50 $ de la cotisation annuelle ait pu surprendre ou choquer plusieurs d’entre vous, particulièrement dans un contexte aussi difficile. Cette décision n’a pas été prise à la légère pendant l’assemblée générale annuelle. Plusieurs efforts ont été faits à l’interne pour réduire les coûts, et plus de 350 000 $ ont été coupés dans différents budgets afin de limiter au maximum l’impact sur les membres, tout en maintenant la qualité des services. C’est justement dans ces moments que la participation aux assemblées devient cruciale. Beaucoup d’informations y sont discutées et de nombreuses réponses y sont apportées. Votre implication est donc essentielle pour guider nos décisions.
Ensemble, nous avons traversé des crises. Nous traverserons celle-ci aussi. Mais pour y arriver, il faut rester solidaires, uni-e-s et déterminé-e-s.
Je vous remercie pour votre résilience, votre engagement et votre patience. Nous continuerons de vous tenir informé-e-s et de vous soutenir du mieux possible dans les mois à venir.
Solidairement,
Bernard Larivière,
Président